L’étape de Bavella sur le GR20, entre le refuge d’Asinau et celui d’I Paliri en Corse-du-Sud, impose un choix net : prenez la variante alpine uniquement sur rocher sec, avec une météo stable et un groupe à l’aise face au vide. Dans tous les autres cas, suivez le tracé classique. À 6 h 30, le granit garde encore la fraîcheur de la nuit et les pins laricio retiennent l’ombre. C’est le bon moment pour trancher. La beauté des aiguilles ne doit pas faire oublier que cette journée reste une étape complète du GR20 en Corse, pas une promenade autour du col.

Asinau–I Paliri : ce que représente vraiment l’étape

Dans le sens nord-sud, l’itinéraire part du refuge d’Asinau, sous le Monte Incudine, traverse le massif de Bavella, coupe la D268 au col puis poursuit vers I Paliri. Le passage routier se situe donc au milieu de la journée. Il permet de refaire de l’eau lorsque le point est disponible, de manger ou d’abandonner l’étape, mais il ne marque pas l’arrivée.

Par le tracé classique, retenez un ordre de grandeur d’environ 15 kilomètres et 7 heures de marche, sans compter une longue pause au col. Les traces et les topos donnent parfois des chiffres légèrement différents. Sur le terrain, la réalité reste la même : descentes pierreuses, relances, chaleur possible et encore près de deux heures de sentier après Bavella.

Cette dernière portion surprend. Le GR20 quitte rapidement les voitures et les terrasses pour retrouver la forêt, passer dans le secteur de Foce Finosa puis descendre vers I Paliri. Sur la carte, elle paraît presque reposante. Avec des quadriceps déjà sollicités par les aiguilles, elle semble beaucoup plus longue.

  • Départ : refuge d’Asinau dans le sens nord-sud, I Paliri dans le sens inverse.
  • Point intermédiaire : col de Bavella, accessible par la D268.
  • Échappatoire : la route permet de sortir du parcours, sans garantir un transport immédiat.
  • Erreur à éviter : prolonger jusqu’à Conca parce que les jambes semblent encore bonnes au col.

Tracé classique ou variante alpine : le choix sans ambiguïté

Le tracé classique

La voie normale contourne les aiguilles par un sentier plus forestier et moins exposé. Elle est plus longue, moins spectaculaire et nettement plus raisonnable lorsque le vent monte, que les nuages accrochent les tours ou que le granit est humide. Elle convient aussi mieux à un groupe dont les niveaux sont inégaux.

Choisir ce passage n’est pas « rater Bavella ». On conserve les vues sur le massif, l’odeur chaude du pin et cette lumière qui descend entre les aiguilles en fin de matinée. Surtout, on évite de transformer une belle étape en succession de blocages et de prises de risque.

La variante alpine

La variante entre dans le cœur minéral du massif. Elle enchaîne dalles inclinées, blocs, éboulis, passages où les mains deviennent utiles et une section équipée d’un câble. Elle est plus courte en kilomètres, mais plus lente pour une personne peu habituée au terrain aérien.

Le câble n’en fait pas une via ferrata. Il aide à franchir un passage raide, sans supprimer l’exposition ni le besoin de placer correctement les pieds. Rangez les bâtons avant de l’atteindre. Gardez les mains libres, attendez que la personne précédente ait dégagé le passage et ne collez jamais un autre randonneur.

Je l’ai parcourue dans un brouillard qui montait depuis la vallée. En quelques minutes, les tours avaient disparu et le rocher s’était couvert d’une fine humidité. Il ne restait plus le paysage, seulement des appuis à surveiller et un balisage moins évident. Dans ces conditions, la variante perd tout son intérêt.

Renoncez à la variante alpine si une seule personne hésite face au vide, si le sac déséquilibre son porteur, si le rocher est mouillé ou si des orages sont possibles avant l’arrivée au col.

Les passages qui font perdre du temps

Depuis Asinau, la bifurcation vers la variante apparaît après environ 1 h 20 de marche, selon l’allure. La décision doit être prise ici. Faire demi-tour plus haut reste possible, mais oblige à reprendre les dalles et les blocs déjà franchis. Le retard peut ensuite peser sur toute la fin d’étape.

La montée conduit vers les tours de granit et le secteur de la Punta di u Pargulu. La progression alterne terre sèche, couloirs pierreux et dalles. Les marcheurs rapides sur un sentier roulant découvrent souvent qu’ils ne gagnent plus rien ici : à Bavella, la qualité des appuis compte davantage que la vitesse habituelle.

La descente vers le col est la partie la plus sous-estimée. Des gravillons reposent sur le granit comme des billes. Avec un sac chargé, le corps part vers l’avant et chaque pas demande de la retenue. Laissez de la distance, surtout si plusieurs personnes descendent ensemble. Un petit bloc déplacé peut atteindre celui qui se trouve dessous.

Les durées annoncées pour les boucles au départ du col ne doivent pas être ajoutées à celles de l’étape. Une sortie locale vers la Punta di u Pargulu demande autour de quatre heures aller-retour à un marcheur averti. La grande boucle peut approcher sept heures. Ce ne sont ni le même départ ni le même découpage qu’une traversée Asinau–I Paliri.

  • Durée à protéger : gardez une marge pour l’attente au câble, les croisements et une erreur de balisage.
  • Gestes utiles : bâtons rangés, sangles serrées, rien qui pend à l’extérieur du sac.
  • Point de décision : ne vous engagez pas si l’allure du groupe est déjà irrégulière à la bifurcation.

Nord-sud ou sud-nord : la difficulté se déplace

Du nord vers le sud, les passages alpins arrivent après la nuit à Asinau. Les jambes sont généralement encore fraîches pour monter vers les aiguilles. La difficulté se concentre ensuite dans la longue descente vers Bavella, puis dans les kilomètres qui séparent encore le col d’I Paliri.

Du sud vers le nord, on quitte I Paliri, on rejoint d’abord le col et on aborde la variante en montée. Certaines prises se lisent mieux dans ce sens, mais l’effort technique intervient après une première portion déjà soutenue. Une pause trop longue à Bavella peut aussi repousser les passages exposés vers les heures chaudes ou vers une météo moins stable.

Dans les deux sens, fixez une heure limite avant le départ. Elle dépend de l’allure réelle du groupe, pas du meilleur marcheur. Un horaire de topo n’intègre ni une ampoule, ni un câble encombré, ni vingt minutes perdues à chercher une marque. Pour bâtir un découpage réaliste et réserver les bonnes nuitées, comparez d’abord les étapes du GR20.

Accès au col et stationnement en 2026

Le col de Bavella, à 1 218 mètres d’altitude, se rejoint par la D268 entre Zonza et la côte orientale. La chaussée est goudronnée, mais la route reste étroite et sinueuse. En été, les camping-cars, les voitures arrêtées près des points de vue et les manœuvres autour du col allongent vite le trajet. Une durée calculée à l’aube n’a plus grand sens en milieu de journée.

Du 1er juillet au 31 août 2026, le parking de Bavedda au col est annoncé ouvert tous les jours, 24 h/24. Les 30 premières minutes sont gratuites, puis le tarif est de 2,50 € par heure. Pour une grande boucle, la facture dépasse donc rapidement une quinzaine d’euros.

Le parking de Viseo, près de l’hippodrome, coûte moins cher : 15 minutes gratuites, puis 1,50 € par heure entre 8 h et 20 h, et 2 € par heure la nuit. Une navette saisonnière relie Viseo à Bavella avec une fréquence annoncée d’environ dix minutes pendant son fonctionnement. Vérifiez toutefois ses heures le jour du départ : une fréquence élevée ne signifie pas qu’elle circule à l’aube.

Pour une traversée entre refuges, laisser un véhicule au col n’est utile qu’avec un second véhicule ou un transfert organisé. Pour une boucle, arrivez tôt. En août, le bord de route devient bruyant et encombré bien avant midi. Le Bavella silencieux existe encore, mais rarement à l’heure où tout le monde se gare.

Eau, refuges et budget de la saison 2026

Ne comptez pas sur un filet d’eau repéré sur une ancienne trace. La crête alpine est exposée et ne possède aucun ravitaillement fiable. Faites le plein à Asinau, au col ou à I Paliri lorsque la disponibilité est confirmée sur place. Par forte chaleur, gardez une réserve pour la portion située après Bavella.

Les refuges du Parc sont gardés du 16 mai au 4 octobre 2026 inclus. La réservation est obligatoire pour le bat-flanc, la tente louée et le bivouac avec tente personnelle. Chaque réservation correspond à une date et à un lieu précis.

Les tarifs affichés pour 2026 sont de 20 € par personne en bat-flanc, 12 € pour un emplacement de bivouac, 27 € pour une personne sous tente louée et 39 € pour deux personnes sous tente louée. Asinau ne propose pas de couchage en bat-flanc : il faut y prévoir un bivouac ou une tente. Le duvet reste à la charge du randonneur.

Les repas se commandent sur place. Les ordres de grandeur indiqués sont d’environ 10 € pour un petit-déjeuner, 10 € pour un panier-repas et 20 € pour un dîner. Arrivez avant 18 h si vous souhaitez demander le repas du soir. Une modification de date ou de refuge doit être sollicitée au moins 48 heures avant l’étape et reste soumise aux disponibilités.

Conservez la confirmation hors ligne. Le réseau peut être faible autour d’I Paliri. Prenez aussi des espèces, une carte enregistrée et les horaires essentiels notés sur papier.

Météo, incendie et matériel : savoir interrompre l’étape

Un ciel bleu au col ne garantit pas des aiguilles calmes deux heures plus tard. Le vent accélère entre les tours, les orages se forment vite et le granit mouillé devient très glissant. Contrôlez les conditions la veille, puis de nouveau avant le départ. Si la pluie, un brouillard dense ou un orage sont annoncés, restez sur la voie normale.

En été, le risque d’incendie peut entraîner une fermeture immédiate du massif, de la D268 ou d’une portion du GR20. La situation a déjà évolué plusieurs fois pendant la saison 2026. Vérifiez donc l’ouverture officielle le soir, puis le matin même. Une réservation à Asinau ou I Paliri ne donne aucun droit de passage dans un secteur fermé.

Du 15 juin au 30 septembre, il est interdit de fumer et d’allumer un feu dans les forêts, le maquis et les massifs. Le bivouac sauvage est lui aussi interdit : la nuit se passe sur les aires prévues près des refuges.

Emportez des chaussures à semelle accrocheuse, une protection contre la pluie, une couche chaude et un sac compact. Les bâtons aident sur le tracé classique et dans les longues descentes, à condition de pouvoir les ranger rapidement. La liste du matériel pour le GR20 aide à retirer le superflu sans sacrifier les éléments de sécurité. Pour replacer Bavella dans toute la traversée méridionale, consultez aussi le dossier consacré au GR20 sud.

En pratique : partez tôt, refaites le point à la bifurcation après Asinau et ne choisissez la variante alpine que sur rocher sec, avec plusieurs heures de météo stable et un groupe homogène. Gardez de l’eau et de l’énergie pour rejoindre I Paliri après le col. Au premier doute, prenez le tracé classique : Bavella ne récompense jamais l’entêtement.

Léa Santoni, guide insulaire
Léa Santoni
Guide & rédactrice

Insulaire née à Sartène, ex-guide accompagnatrice en montagne, je vis à Porto-Vecchio. J'écris les guides de Corse-du-Sud. — celles et ceux que je donnerais à un ami qui débarque pour la première fois : les criques sans nom, les prix honnêtes, les pièges à touristes et l'heure exacte où Palombaggia se vide.

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