Le GR20 sud de Vizzavona à Conca se parcourt idéalement en sept jours de marche, avec des nuits à E Capannelle, Prati, Usciolu, dans le Cuscionu, à Asinao et à Paliri. Six jours sont possibles en reliant directement Usciolu à Asinao, mais cette journée dépasse huit heures avant les pauses. Après quatre traversées, dont deux comme accompagnatrice, je garde le découpage en sept jours : il laisse assez de marge pour les crêtes, la chaleur de Bavella et les descentes qui malmènent les chevilles.

À 6 h, la hêtraie de Vizzavona sent la terre froide. Puis Bocca Palmente découvre le Monte d’Oro et le GR20 corse prend son vrai visage. Le sud est moins technique que le GR20 nord, mais il n’a rien d’une promenade. Pour replacer cette partie dans la traversée complète, commencez par le guide du GR20 et le détail de toutes les étapes du GR20.

Les sept étapes du GR20 sud

Les temps officiels correspondent à un marcheur entraîné, sans longue pause et avec un sac raisonnable. Ajoutez au moins une heure par jour pour manger, refaire l’eau, soigner les pieds ou laisser passer un grain. Sur le GR20, le temps de marche seul ne raconte jamais toute la journée.

  • Jour 1 : Vizzavona → E Capannelle, 5 h 15.
  • Jour 2 : E Capannelle → Prati, 6 h 10.
  • Jour 3 : Prati → Usciolu, 5 h 45.
  • Jour 4 : Usciolu → Cuscionu, 4 h 25.
  • Jour 5 : Cuscionu → Asinao, 4 h 15, davantage avec l’Alcudina.
  • Jour 6 : Asinao → Paliri, 7 heures.
  • Jour 7 : Paliri → Conca, 5 heures.

Le GR20 sud en 7 jours est le choix équilibré. Le GR20 sud en 5 jours s’adresse à des randonneurs rapides, déjà capables d’enchaîner de longues journées alpines. Ce n’est pas un bon premier contact avec le GR20 en Corse.

De Vizzavona à Prati : entrer progressivement dans la montagne

Jour 1 : Vizzavona → E Capannelle

La gare de Vizzavona se trouve à proximité immédiate du sentier. Dans les premières minutes, plusieurs pistes forestières coupent le balisage blanc et rouge. Il faut regarder les marques plutôt que suivre machinalement le chemin le plus large.

La montée sous les hêtres et les pins laricio conduit à Bocca Palmente. Le Monte d’Oro reste dans le dos tandis que le sentier poursuit en balcon vers les bergeries d’Alzeta. Une source se trouve à proximité, mais une eau observée au printemps n’est jamais une promesse pour août : demandez l’état des points d’eau avant le départ et gardez une marge. Le terrain est peu technique. Profitez-en pour régler le sac et traiter la première zone d’échauffement avant qu’elle ne devienne une ampoule.

Jour 2 : E Capannelle → Prati

Le chemin traverse les forêts du plateau de Gialgone, descend vers la passerelle de Marmanu puis atteint le col de Verde. La vraie montée commence après le col. Sous Bocca d’Oro, les hêtres s’espacent et le sentier devient exposé au vent comme au soleil.

Prati se trouve à environ un quart d’heure du col, sur une pelouse perchée à 1 820 mètres. J’y ai vu la mer disparaître en quelques minutes derrière un rideau gris. Quand les nuages gonflent en début d’après-midi, ce plateau n’est pas un endroit où attendre tranquillement l’orage. Partez tôt d’E Capannelle et évitez la longue pause au col de Verde.

De Prati à Asinao : crêtes, granite et pozzines

Jour 3 : Prati → Usciolu

À l’aube, la lumière arrive par la mer et rase les herbes de Prati. Le sentier gagne les crêtes autour de Punta della Cappella, bascule vers Bocca di Laparo, traverse une portion boisée puis retrouve le granite avant Usciolu. La durée paraît raisonnable ; le terrain l’est moins. Brouillard et vent demandent une attention constante sur le fil de l’arête.

Le manque d’eau est signalé en juillet et en août. Quittez Prati avec les gourdes pleines. Un point indiqué sur une carte ou par un ancien récit peut être faible, souillé par les troupeaux ou déjà sec.

Jour 4 : Usciolu → Cuscionu

L’arête des Statues, a Monda, est l’un des passages que je préfère. Les blocs prennent des silhouettes étranges dans la lumière basse et les mains se posent parfois naturellement sur le granite. Après Bocca Agnonu, la roche cède la place au plateau du Cuscionu.

Les pozzines sont des pelouses humides parcourues de petits chenaux. Elles semblent faites pour le farniente, mais les pas répétés les abîment. Restez sur le tracé et ne plantez pas les bâtons dans les zones spongieuses. Chevaux et troupeaux circulent librement : contournez-les calmement, sans chercher à passer entre une mère et son petit.

Jour 5 : Cuscionu → Asinao

Après une progression douce sur le plateau, la pente se redresse jusqu’à Bocca Stazzunara. Deux options suivent : descendre vers Asinao, ou ajouter environ trente minutes pour monter au Monte Alcudina, à 2 134 mètres. Je choisis le sommet uniquement avec une visibilité franche. Dans le brouillard, le détour ne montre rien et précède une descente longue, raide et rocailleuse.

Asinao, souvent écrit Asinau, ne propose pas de couchage en bat-flanc en 2026. Il faut réserver un emplacement de bivouac ou une tente du Parc. Arriver avec un duvet mais sans abri personnel, en pensant dormir dans le refuge, est une erreur de préparation.

Asinao → Paliri : choisir son passage à Bavella

Cette étape de sept heures est la grande journée du GR20 sud. Après la descente matinale, un panneau sépare le tracé classique de la variante alpine de Bavella. Le classique chemine davantage en forêt et rejoint le col avec moins d’exposition. Prenez-le si les dalles sont mouillées, si le vent souffle fort ou si les nuages accrochent déjà les aiguilles.

La variante alpine monte sèchement entre les tours de granite. Elle comporte des dalles équipées de mains courantes et une descente raide dans les éboulis. Ce n’est pas un raccourci panoramique. Elle convient par roche sèche, avec un pied sûr et sans appréhension du vide. Le choix peut se préparer avec le guide de l’étape de Bavella et de sa variante alpine, mais la décision finale se prend devant le terrain.

Le col routier est souvent encombré en août. Après plusieurs jours au rythme des refuges, les voitures et les terrasses pleines peuvent sembler brutales. Le calme revient après Foce Finosa, sur le chemin empierré qui mène à Paliri.

Paliri → Conca : cinq heures de descente, souvent sous la chaleur

Remplissez les gourdes à Paliri. Le sentier perd progressivement de l’altitude entre les pins, puis entre dans a machja, le maquis. En juillet et en août, la chaleur s’y enferme tôt. Un départ tardif transforme les derniers kilomètres en épreuve évitable.

Le ruisseau de Punta Pinzuta peut offrir une halte fraîche, mais il ne faut pas le considérer comme une ressource garantie. Plus bas, les odeurs de myrte remplacent celles des pins. La mer réapparaît avant Conca, donnant l’impression que l’arrivée est proche. Il reste pourtant du terrain pierreux, pénible pour des chevilles sollicitées depuis une semaine. Comptez encore environ cinq heures depuis Paliri.

Accès, réservations et budget pour la saison 2026

Pour rejoindre Vizzavona, le train depuis Ajaccio évite de laisser une voiture au départ alors que le GR20 se termine à Conca. Les horaires ferroviaires changent au cours de la saison : vérifiez la fiche valable le jour exact. Je déconseille de construire le séjour autour d’un ancien horaire ou d’un stationnement longue durée dont les conditions n’ont pas été confirmées.

À Conca, une navette sur demande peut rejoindre Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio ou Porto-Vecchio. Réservez-la avant d’entrer sur le sentier ; le réseau téléphonique reste irrégulier près de plusieurs refuges. Les correspondances et précautions de déplacement sont détaillées dans les informations pratiques pour un séjour en Corse.

Les refuges du Parc sont gardés du 16 mai au 4 octobre 2026 inclus. La réservation est obligatoire pour le bat-flanc comme pour le bivouac, y compris avec une tente personnelle. Les tarifs PNRC 2026 sont les suivants :

  • bat-flanc : 20 € par personne ;
  • bivouac avec tente personnelle : 12 € par personne ;
  • tente louée : 27 € pour une personne ;
  • tente louée pour deux personnes : 39 €.

E Capannelle et les hébergements du Cuscionu sont privés : leurs prix et conditions se vérifient séparément. Le Parc indique environ 10 € pour un petit-déjeuner, 10 € pour un panier du midi et 20 € pour le dîner, avec un repère proche de 50 € par jour si tous les repas sont achetés. Sur sept jours, un budget de 250 € devient donc trop serré dès que les repas s’ajoutent aux nuitées. Gardez des espèces ou un chéquier.

Arrivez avant 18 h si vous souhaitez commander le dîner. Une réservation est nominative et liée à un refuge précis. Pour modifier une étape, il faut agir au moins 48 heures avant, sous réserve de disponibilité ; doubler au dernier moment ne transfère pas automatiquement la nuit déjà payée.

Le niveau réel et les motifs raisonnables de renoncer

Le GR20 en Corse-du-Sud convient à un marcheur entraîné, capable d’enchaîner cinq à sept heures sur des blocs, des crêtes et des descentes irrégulières. Le D+ du GR20 ne suffit pas à mesurer l’effort. Les appuis instables, le poids du sac et la répétition des descentes fatiguent davantage que les kilomètres.

Juin et septembre donnent souvent un meilleur compromis que le cœur de l’été, sans garantir une météo douce. Au printemps, des névés peuvent subsister en altitude. En été, l’eau se raréfie et le risque d’incendie peut entraîner une fermeture rapide des massifs. La carte officielle du risque est actualisée chaque jour à 18 h pour le lendemain. Du 15 juin au 30 septembre, feu et cigarette sont interdits dans les forêts, landes, garrigues et massifs.

Une cheville douloureuse à Usciolu, du brouillard sur le Cuscionu ou une dalle mouillée à Bavella sont de bonnes raisons de ralentir. Pour une sortie moins engagée, mieux vaut choisir parmi les randonnées de Corse-du-Sud que comprimer le parcours pour sauver une réservation.

En pratique : prévoyez sept jours de Vizzavona à Conca · arrivez en train et réservez votre retour depuis Conca · gardiennage du 16 mai au 4 octobre 2026 · réservation obligatoire, bivouac compris · partez tôt pour Prati, Bavella et la descente vers Conca · gardez une marge pour l’eau, la météo et les chevilles · ne prenez la variante alpine de Bavella que sur roche sèche.

Léa Santoni, guide insulaire
Léa Santoni
Guide & rédactrice

Insulaire née à Sartène, ex-guide accompagnatrice en montagne, je vis à Porto-Vecchio. J'écris les guides de Corse-du-Sud. — celles et ceux que je donnerais à un ami qui débarque pour la première fois : les criques sans nom, les prix honnêtes, les pièges à touristes et l'heure exacte où Palombaggia se vide.

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