Faire le GR20 sud en 5 jours, de Vizzavona à Conca, permet de traverser les montagnes de Corse-du-Sud sur environ 90 km. C’est possible pour un randonneur entraîné, avec quatre nuits réservées, un sac léger et des départs à l’aube. Le bon découpage passe par le col de Verde, Usciolu, I Croci et Bavella. Pour une première itinérance, six jours restent franchement plus raisonnables.

À 6 h, sous les hêtres de Vizzavona, l’air sent encore la terre humide. Cette fraîcheur ne dure pas. Dès la première journée, près de dix heures de marche peuvent s’accumuler avant le col de Verde. C’est là que ce programme se gagne — ou se transforme intelligemment en six jours.

Le découpage du GR20 sud sur cinq jours

Le tracé classique demande six à sept étapes. Le condenser ne consiste pas à accélérer partout : il faut doubler certaines portions tout en gardant assez de force pour les crêtes d’Usciolu, l’Alcudina et la descente vers Conca. Le sens Vizzavona–Conca permet aussi de terminer face au golfe de Porto-Vecchio, avec plusieurs sorties routières possibles en cours de route.

  • Jour 1 : Vizzavona – E Capannelle – col de Verde
  • Jour 2 : col de Verde – Prati – Usciolu
  • Jour 3 : Usciolu – plateau du Cuscionu – I Croci
  • Jour 4 : I Croci – Alcudina – Asinau – col de Bavella
  • Jour 5 : col de Bavella – Paliri – Conca

Les distances et dénivelés ci-dessous restent des repères. Sur ce granite cassant, un kilomètre ne vaut pas un kilomètre de piste. Avant de retenir ce programme, comparez-le avec les étapes classiques du GR20 et enregistrez une cartographie utilisable hors ligne.

Cinq journées, avec les vrais points de vigilance

Jour 1 : Vizzavona – col de Verde

Cette première journée approche 27 km, 1 450 m de montée et 9 à 10 heures de marche. Après Bocca Palmente, le sentier passe près des bergeries d’Alzeta puis rejoint E Capannelle sous les pins laricio. La suite paraît roulante sur la carte. Elle l’est beaucoup moins avec huit kilos sur le dos et les premières ampoules.

Je conseille un départ entre 5 h 30 et 6 h. À E Capannelle, faites un bilan honnête : heure d’arrivée, pieds, eau restante et état du groupe. Si la fatigue est déjà profonde, dormez sur place. La station est accessible par la route et permet de passer proprement à un itinéraire de six jours.

  • Accès : départ depuis Vizzavona, près de la gare et des hébergements.
  • Durée : jusqu’à 10 heures selon le rythme et les pauses.
  • À surveiller : les croisements de pistes forestières au départ et la marge avant la nuit.

Jour 2 : col de Verde – Usciolu

La montée vers Prati quitte progressivement la forêt. Sur la crête, le vent et les nuages changent vite l’allure. J’y ai vu une matinée claire se fermer avant midi, avec le granite devenu glissant en quelques minutes. Il faut compter environ 7 à 8 heures de marche et près de 1 200 m de montée selon le point de départ exact.

Après Prati, la traversée vers Usciolu alterne dalles, petits ressauts et passages exposés. En juillet et août, le secteur peut manquer d’eau. Demandez l’état des sources avant de quitter le col de Verde, sans vous fier uniquement à une trace enregistrée plusieurs années plus tôt.

Jour 3 : Usciolu – I Croci

L’arête des Statues réclame encore de l’attention. Les mains peuvent servir sur quelques blocs, puis le terrain s’adoucit à l’approche du Cuscionu. Les pozzines apparaissent entre les pelouses et les ruisseaux. Ce sont des zones humides fragiles : restez sur le passage marqué, même si un détour semble permettre de garder les chaussures sèches.

La journée tourne autour de 14 km et 4 à 5 heures. Cette marge est précieuse. Elle permet de sécher les vêtements, traiter une irritation et manger tôt. Ne la gaspillez pas avec un départ à 10 h : l’étape suivante est plus lourde.

Jour 4 : I Croci – col de Bavella

Le sentier traverse le plateau avant de monter vers Bocca Stazzunara et l’Alcudina, à un peu plus de 2 100 m. La descente vers Asinau est raide, rocailleuse et plus fatigante que la montée. Puis viennent les aiguilles de Bavella, après plusieurs jours de maquis, de bergeries et de crêtes.

Selon le tracé suivi, prévoyez environ 17 à 18 km, 750 à 800 m de montée et plus de 1 000 m de descente. La variante alpine de Bavella comporte des dalles, des éboulis et des mains courantes. Je l’écarte si le rocher est humide, si le vent monte ou si une personne commence à manquer de lucidité. Le sentier classique est alors le bon choix, sans discussion.

Jour 5 : Bavella – Paliri – Conca

La mer apparaît entre les aiguilles, mais l’arrivée reste loin. Depuis Bavella, il faut encore rejoindre Paliri puis absorber une longue perte d’altitude dans a machja, le maquis. Comptez environ 17 à 18 km et près de 1 400 m de descente cumulée.

La chaleur remonte du golfe dès la fin de matinée. Gardez de l’eau et de la nourriture après Paliri ; les derniers kilomètres sollicitent les genoux et échauffent les pieds. Conca ne se rejoint pas en roue libre.

Le niveau nécessaire pour tenir cinq jours

Je suis Léa Santoni, ancienne guide accompagnatrice. J’ai vu des coureurs très affûtés se faire surprendre par l’enchaînement. Le cardio aide, mais il ne protège ni les chevilles sur les blocs ni les pieds après trois journées humides.

Avant de choisir un GR20 sud sur cinq jours, testez le matériel sur deux longues randonnées consécutives : 20 à 25 km, au moins 1 000 m de montée et le sac réellement prévu. Le second matin donne la réponse. Si les genoux sont douloureux ou si les pieds sont déjà abîmés, ajoutez une journée.

Ce format convient aux randonneurs réguliers, capables de marcher huit à dix heures et de renoncer à une variante. Il est mal adapté à une première randonnée itinérante, à un groupe de niveaux disparates ou à une personne dépendante du réseau mobile. Pour mesurer l’engagement dans son ensemble, relisez le guide du GR20.

Réserver les quatre nuits en 2026

Pour la saison 2026, les refuges du Parc naturel régional de Corse sont gardés du 16 mai au 4 octobre inclus. La réservation est obligatoire pour un bat-flanc, une tente louée ou un emplacement de bivouac, même avec sa propre tente. Le camping sauvage est interdit.

Dans ce découpage, Usciolu relève du PNRC, tandis que le col de Verde, I Croci et les hébergements de Bavella sont des structures privées. Il faut donc effectuer une réservation officielle pour Usciolu et contacter séparément les trois autres étapes. Ne supposez pas qu’un seul paiement couvre les quatre nuits.

  • Bat-flanc PNRC : 20 € par personne.
  • Emplacement de bivouac PNRC : 12 € par personne.
  • Tente louée pour une personne : 27 €.
  • Tente louée pour deux personnes : 39 €.

Les repas se commandent sur place. Le PNRC indique environ 10 € pour un petit-déjeuner, 10 € pour un panier-repas et 20 € pour le dîner, avec un repère de 50 € par jour pour l’ensemble des repas. Prévoyez des espèces. Il faut arriver avant 18 h pour demander le repas ; une place réservée n’est garantie que jusqu’à 19 h.

Une modification de refuge ou de date doit être demandée au moins 48 heures avant l’étape et dépend des places restantes. Sur un programme comprimé, doubler au dernier moment peut donc faire perdre la réservation initiale sans assurer de couchage plus loin.

Eau, sac et sécurité sur le GR20 sud

Un sac lourd se paie dès Bocca Palmente. Gardez pourtant la veste imperméable, une couche chaude, le duvet, la frontale, une couverture de survie et de quoi soigner les pieds. Même lorsque Conca dépasse 30 °C, une crête sous le vent peut être froide au lever du jour. La liste du matériel pour le GR20 permet d’alléger le confort avant de retirer un élément de sécurité.

Chaque matin, demandez au gardien quels points d’eau coulent réellement. Emportez une capacité adaptée au tronçon et à la chaleur, avec un moyen de traitement. À Usciolu comme à Paliri, le téléphone peut mal passer. Réservations, cartes et informations utiles doivent rester accessibles hors connexion.

En début de saison, des névés peuvent persister en altitude. En été, ce sont surtout les orages, la chaleur et le risque incendie qui dictent le départ. Un massif peut être fermé rapidement. Le calendrier prévu ne donne jamais priorité sur un arrêté, la météo ou une douleur persistante.

Rejoindre Vizzavona et quitter Conca

Vizzavona est accessible par la route et par le train. Pour un itinéraire linéaire, venir sans voiture simplifie souvent la semaine. Laisser un véhicule cinq jours oblige à revenir le chercher, sans garantie qu’un parking soit surveillé ou autorisé pour cette durée. Faites confirmer ces deux points directement par l’établissement choisi.

À Conca, organisez le retour avant le départ. Les dessertes et navettes changent selon la saison, le jour et les restrictions routières. Une prise en charge réservée vers Porto-Vecchio est plus sûre qu’un ancien horaire récupéré dans un récit de voyage.

E Capannelle, le col de Verde et Bavella donnent accès à la route. Ce sont de vrais plans de sortie. Si la météo se ferme ou si une douleur modifie la marche, les utiliser relève d’une bonne décision de montagne. Retrouvez enfin la vue d’ensemble dans le dossier consacré au GR20 sud.

En pratique : réservez les quatre nuits, dormez à Vizzavona la veille et partez vers 5 h 30 ou 6 h. Gardez une sixième journée disponible. Si E Capannelle est atteint tard ou avec des douleurs, arrêtez-vous là. Vérifiez chaque matin la météo, l’eau et les restrictions d’accès. En cas d’urgence, composez le 112 sans compter sur une couverture mobile continue.

Léa Santoni, guide insulaire
Léa Santoni
Guide & rédactrice

Insulaire née à Sartène, ex-guide accompagnatrice en montagne, je vis à Porto-Vecchio. J'écris les guides de Corse-du-Sud. — celles et ceux que je donnerais à un ami qui débarque pour la première fois : les criques sans nom, les prix honnêtes, les pièges à touristes et l'heure exacte où Palombaggia se vide.

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